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Tommaso di Carpegna Falconieri, Médiéval et militant. Penser le contemporain à travers le Moyen Âge, Paris, Publications de la Sorbonne, 2015, in Revue historique de droit français et étranger, 2016, n° 4, p. 359-360.

Résumé : Voilà le livre qu'attendaient tous les médiévistes qui s'irritent régulièrement d'entendre la phrase « c'est un vrai retour au Moyen Âge » dans la bouche de quelqu'un qui dénonce peu ou prou de l'obscurantisme ou une injustice. Mais il faut tout de suite s'entendre, ce n'est absolument pas un plaidoyer pro domo, à la manière de Régine Pernoud, que tente ce spécialiste du clergé romain de l'université d'Urbino. Il s'en explique en épilogue (p. 250), il est selon lui « préjudiciable, et même faux » d'opposer à quiconque expose sa vision propre (et souvent caricaturale) du Moyen Âge, qu'il a tort et que le « Moyen Âge, c'est autre chose ». Là se situe d'ailleurs une petite frustration pour le lecteur qui, historien ou non, n'apprendra sans doute rien de concret sur l'époque médiévale, encore moins en matière juridique. L'auteur reconnaît, qu'interrogé à la télévision, il était embarrassé de parler de ceinture de chasteté, il est dommage de n'avoir pu dire qu'il s'agit là, par excellence, d'un mythe façonné a posteriori et qui n'a jamais eu la moindre espèce d'emploi pratique au temps des chevaliers. Mais si l'ouvrage s'était attelé à démonter systématiquement toutes les erreurs, les fausses croyances et les idées reçues répandues depuis des siècles sur le Moyen Âge, il eût fallu plusieurs volumes. Le propos n'est pas beaucoup moins ambitieux puisqu'il s'agit de présenter une somme sur le « médiévalisme », i. e. la projection et l'exploitation contemporaine d'idées et de mythes se rapportant au Moyen Âge. Le champ de recherche n'est pas entièrement neuf, mais en France, il pourrait être cultivé davantage, peut-être même par les historiens du droit. Alors que de nos jours Jeanne d'Arc est plus que jamais à la mode et que le thème de la croisade est par ailleurs constamment mis en avant, l'instrumentalisation politique constitue évidemment un passage obligé, mais l'ouvrage est loin de se résumer à un face-à-face entre George W. Bush et l'extrémisme djihadiste (chapitre II. Nouveaux barbares et éternels croisés). Avec une culture encyclopédique, exploitée de façon toujours plaisante, l'a. touche aussi bien à l'histoire des mentalités et l'anthropologie qu'à l'histoire de l'art. L'ouvrage ambitionne de mettre en place une historiographie complète des mentalités et culture populaires sur le Moyen Âge. Depuis Serguei Eisenstein jusqu'à Harry Potter ou de Bob Dylan à Serge Reggiani, en passant par des centaines de sites internet, de blogs, de jeux vidéo ou d'émissions de télévision, l'auteur emploie en priorité des références italiennes avec Italo Calvino ou Umberto Eco souvent mis en exergue, mais il exploite presque exhaustivement tout ce qui évoque de près ou de loin le Moyen Âge dans la culture occidentale. Même Astérix est cité au titre du « celtisme » (chapitre IX. Druides et bardes : un Moyen Âge celtique), de même que la mode des fêtes et foires médiévales (chapitre V : marchands et arbalétriers : un Moyen Âge des villes). De plus, cette publication de 2015 est la traduction par Michèle et Benoît Grévin d'un ouvrage paru en italien en 2011, mais l'auteur a ajouté un épilogue et actualisé les citations et la bibliographie. On trouve dans cette dernière tant Patrick Geary, Paolo Grossi et Jacques Le Goff que François Guizot, Alain Minc et J. R. R. Tolkien. L'un des mérites de l'ouvrage est de montrer combien est complexe le Moyen Âge et combien le médiévalisme est donc multiple, voire anarchique. Conservateur et traditionnel ou au contraire marxisant et écologiste, nationaliste ou européen, mystique ou rationnel, obscure ou universitaire, chrétien ou païen, autoritaire ou coopératif, violent ou courtois, la source médiévale est extrêmement dualiste, mais elle est surtout intarissable, si bien que chacun y puise tout et n'importe quoi et surtout ce qui l'arrange. Et sans surprise, celui qui parle du Moyen Âge en dit beaucoup sur lui-même et son époque. Il faut d'ailleurs peut-être regretter le parti pris de traiter en priorité du XX e , voire du XXI e siècle, ce qui se fait un peu au détriment du XIX e siècle, sur lequel il y aurait sans doute encore à dire en la matière. A l'issue de douze chapitres, qui sont autant d'essais sur un thème particulier, l'auteur reconnaît lui-même qu'il n'a pas forcément les idées plus claires qu'au début de l'entreprise, mais tel est sans doute le propre d'un travail profond et précieux. En filigrane, on observe mieux que jamais, en ces temps de crispations et de fermeture en Europe et dans le monde, que le métier, le rôle de l'historien est bien d'éclairer la complexité des « chemins qui, et c'est là leur beauté, peuvent mener partout » (p. 247).
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Contributor : Pierre-Anne Forcadet Connect in order to contact the contributor
Submitted on : Wednesday, March 2, 2022 - 4:02:49 PM
Last modification on : Friday, March 18, 2022 - 11:31:32 AM

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Pierre-Anne Forcadet. Tommaso di Carpegna Falconieri, Médiéval et militant. Penser le contemporain à travers le Moyen Âge, Paris, Publications de la Sorbonne, 2015, in Revue historique de droit français et étranger, 2016, n° 4, p. 359-360.. 2016, pp.359-360. ⟨hal-03594412⟩

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