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La Russie : un pays viticole méconnu

Résumé : La première partie étudie la Russie viticole à petite échelle cartographique, en présentant les régions méridionales. Jusqu’aux années 1980, l’URSS était une puissance viticole dont les vignes couvraient 1,3 Mn ha, en Ukraine, Moldavie, Géorgie, mais aussi en Arménie et Asie Centrale ; la Russie elle-même possédait, entre Don et Caucase, de vastes surfaces plantées. La politique de lutte contre l’alcoolisme de M. Gorbatchev provoqua l’effondrement du vignoble par un arrachage massif. Un regain se fait jour depuis les années 1990 dans la Fédération de Russie, par initiatives privées et incitations publiques. Aujourd’hui, il y a en Russie 61 000 hectares de vignes pour le vin. Le vignoble russe se trouve au sud du 48e parallèle. Les cépages sont dominés par des variétés tardives ou moyennes et donnent de nombreux vins de dessert. Beaucoup de vignes sont plantées dans des régions où la somme des températures actives est supérieure à 3 000 °C, selon le mode de calcul russe, qui compte les températures diurnes au-dessus de 0 °C lors des journées dont la moyenne dépasse 10°C. Pour approcher la valeur française, on peut soustraire 1 200 °C. Malgré sa position méridionale, le vignoble russe peut souffrir de grands froids et il est couvert pendant la mauvaise saison, sauf en quelques parties du littoral des mers Noire et Caspienne. La deuxième partie étudie la Russie viticole à moyenne échelle, en présentant le Stavropolié, région viticole du piémont caucasien. Le Stavropolié est une région administrative de la Fédération de Russie, située entre celle de Krasnodar à l’ouest et la république du Daghestan à l’est. Elle correspond à la partie centrale du piémont nord du Caucase. Elle compterait près de 30 % du vignoble russe. Dans le Stavropolié, il n’y a pas d’influence marine adoucissante et la région n’est pas protégée des coulées d’air froid du nord. Mais la situation méridionale reste favorable, l’insolation est très élevée et l’eau est disponible en provenance du Caucase. Le vignoble est planté dans l’ouest, le centre et le sud de la région, mais les entreprises de production de moût et de vinification s’égrènent aussi en direction de l’est, le long de la vallée de la Kouma. La partie la plus diversifiée se trouve au sud du Stavropolié, aux alentours des stations de cure de Minéralnyé Vody et Piatigorsk. La troisième partie étudie la Russie viticole à grande échelle cartographique, en focalisant sur l'Abraou-Diourso, le plus ancien vignoble de Russie. Le plus ancien vignoble du territoire de la Fédération de Russie se trouve dans le village d’Abraou-Diourso, qui compte aujourd’hui 1 100 ha de vigne. Enserrée dans un chaînon du Caucase à 4 km de la mer Noire, cette localité est située dans le kraï de Krasnodar, entre les villes d’Anapa et de Novorossisk. L’origine du vin d’Abraou-Diourso se confond avec celle de la conquête russe de cette ancienne province ottomane. Le vignoble fut introduit par les Russes au XIXème siècle. L’officier militaire Pilenko fonda le village d’Abraou-Diourso en 1870. Profitant de la clientèle de la station thermale d’Anapa, il lança la viticulture avec l’aide de l’agronome Gueïdouk. Sous l’impulsion du viticulteur Védel, le riesling et le cabernet-abraou, puis les sauternes, bordeaux et bourgogne d’Abraou trouvèrent leur place. La renommée vint du prince Golitsyne. Ayant étudié en France la méthode champenoise, il avait créé la première cave en Crimée en 1878. Missionné par le tsar, il jeta son dévolu sur Abraou-Diourso. Dès 1893, la moitié du vignoble, propriété du tsar, était plantée en pinot noir et chardonay. Le champagne d’Abraou sortit sa première bouteille en 1898 et, deux ans plus tard, cinq caves et une fabrique fonctionnaient, gérées par des maîtres français. La construction d’une nouvelle route permit l’exportation par le port de Novorossisk. La révolution groupa les caves d’Etat en sovkhoze. Pendant les années 1920, la production était d’environ 35 000 bouteilles par an. A partir de 1936, le champagne d’Abraou-Diourso fut aussi commercialisé sous la marque de champagne soviétique. Aujourd’hui, la production est de 2,8 millions de bouteilles de champagne par an et un millier de mousseux. La localité continue en outre de produire ses riesling et cabernet, et autres vins fins. Une telle longévité s’explique par le transfert initial du savoir-faire français et une politique volontariste continue de l’Etat, tsariste, soviétique et russe. La mise à profit du milieu naturel pontique a ainsi été possible. C’est que les Russes ont trouvé ici un climat méditerranéen à une latitude encore plus méridionale que la Crimée. Le Caucase abrite des vents du nord et protège des gels printaniers. La mer Noire modère les amplitudes et adoucit la saison froide. A Abraou-Diourso, les versants exposés au sud-ouest sont les plus prisés, face à la mer et en abri des crêtes. L’amplitude est de 22 °C (23 °C en juillet et 1 °C en janvier), les précipitations sont de 440 mm. La luminosité accompagne une photosynthèse élevée. Dès le XIXème siècle, les viticulteurs avaient noté que les raisins accumulaient ici quantité de sucre tout en perdant leur acide malique.
Keywords : Russian wine
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https://hal-univ-orleans.archives-ouvertes.fr/hal-02065296
Contributor : Scd Université d'Orléans <>
Submitted on : Tuesday, March 12, 2019 - 3:33:14 PM
Last modification on : Tuesday, May 25, 2021 - 10:31:45 AM

Identifiers

  • HAL Id : hal-02065296, version 1

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Citation

Laurent Touchart, Olga Mochalova. La Russie : un pays viticole méconnu. Legouy, François; Fassier-Boulanger, Sylvaine. Atlas de la vigne et du vin : un nouveau défi de la mondialisation, Armand Colin, pp.138-139, 2015, 9782200283124. ⟨hal-02065296⟩

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